Des nouvelles de l'AFP Le Rivage à Aix les Bains.

Un jeudi soir d'été exceptionnel... un moment banal attablé à une terrasse d'un café... !



Un jeudi soir d'été, quatre personnes sont attablées en terrasse au coeur de la ville d'Aix-les-Bains ! Inimaginable il y a encore quelques semaines ! Improbable pendant la crise Covid ! Quel lien unit nos protagonistes ? Quelles étapes font de ce moment un évènement hors normes où le simple plaisir des retrouvailles est synonyme de vie, d'espoir et de réjouissances ? Voici l'histoire d'une rencontre entre l'AFP d'Aix-les-Bains et Marc (nom d'emprunt) !


Dès le mois de mars 2020 et le confinement inédit qui se profilait, des questions fondamentales se sont bousculées dans l'esprit des uns et des autres.

  • Comment devrions-nous réagir face à de tels évènements ?

  • Comment gérer l'angoisse largement amplifiée par les médias ?

  • Quelle est la responsabilité du croyant dans un tel contexte ?

  • À quels types d'engagements sommes-nous appelés dans une période synonyme de "distanciation", d'isolement, d'angoisse et de solitude ?


C'est un texte vieux de plus de 500 ans qui a inspiré une partie d'entre nous, lorsqu'à la relecture de ces lignes (à replacer dans le contexte de l'époque), notre engagement est apparu comme une évidence. Voici le texte en question :

Alors que la peste noire sévissait en Europe, Martin Luther, dans une lettre au révérend John Hess, rappelait déjà que dans une telle situation il est nécessaire d’affirmer sa confiance, d’être responsable et suivre les mesures pour limiter l’épidémie sans oublier d’être attentifs et solidaire avec ceux qui sont les plus fragiles :
« Je demanderai à Dieu par miséricorde de nous protéger. Ensuite, je vais enfumer, pour aider à purifier l’air, donner des médicaments et les prendre. J’éviterai les lieux, et les personnes, où ma présence n’est pas nécessaire pour ne pas être contaminé et aussi infliger et affecter les autres, pour ne pas causer leur mort par suite de ma négligence. Si Dieu veut me prendre, il me trouvera sûrement et j’aurai fait ce qu’il attendait de moi, sans être responsable ni de ma propre mort ni de la mort des autres. Si mon voisin a besoin de moi, je n’éviterai ni lieu ni personne, mais j’irai librement comme indiqué ci-dessus. Voyez, c’est une telle foi qui craint Dieu parce qu’elle n’est ni impétueuse ni téméraire et ne tente pas Dieu. » 

À la fois s'engager et protéger, telle est l'application de ce merveilleux témoignage que nous laisse Martin Luther, dans un contexte et une époque où le risque était statistiquement et manifestement bien plus élevé que celui auquel nous sommes confrontés. Cette approche a fait écho et donné lieu à une réflexion avec Renaud Berretti, maire d'Aix-les-Bains, puis par délégation, avec le CCAS de la ville. Notre préoccupation première, prendre soin de celles et ceux qui allaient être impactés par la vague qui s'annonçait, les plus fragiles, les plus isolés, les plus démunis... et, force est de constater, que dans une ville comme Aix-les-Bains qui présente bien, elle n'échappe pas à ce type de situation.


Ainsi, face à la recrudescence des situations précaires, un partenariat constructif s'est mis en place entre l'AFP et le CCAS, chacun avec son système de valeurs et ses motivations, mais avec une préoccupation commune, celle de prendre soin !

Nous nous sommes vite rendu compte de l'ampleur de la tâche et des besoins, nous avons été aussi rassurés par le professionnalisme des acteurs de terrain et l'empathie qui les anime pour éviter de tomber dans certaines caricatures et garder le recul suffisant dans notre action.


Les missions confiées :

  • assurer l'approvisionnement en nourriture et produits de première nécessité des personnes en situation d'isolement et de fragilité,

  • prendre des nouvelles de celles-ci au minimum deux fois par semaine.

Nous n'avons eu aucune difficulté à trouver des bénévoles qui, selon leurs dons, ont contribué à la mise en place d'un service de livraison bien rodé :


  • deux responsables de projets,

  • 3 coordinateurs (de jeunes étudiants) chargés de récolter les données et d'organiser le travail de terrain,

  • une dizaine de personnes chargées des livraisons et une trentaine de bénéficiaires.





Au fil du temps, de belles relations se sont nouées, et parmi celles-ci, le suivi de Marc et de son épouse.

Marc est un jeune retraité traité pour une longue maladie, son système immunitaire est de ce fait très affaibli et le classe parmi les personnes à risques. Son épouse, Catherine est atteinte d'un handicap qui la place dans la même catégorie à risques. Ils habitent dans un petit appartement du centre-ville et n'ont pas osé sortir pendant des mois, angoissés à l'idée de contracter le virus. Notre protocole vise à protéger les personnes et les relations restent distanciées malgré un besoin plus profond et implicite, sur fond d'isolement. Les mois de suivi construisent une relation de plus en plus étroite, induisent des conversations de plus en plus significatives et apportent un lien social vital et réciproque.


À travers leur situation, nous avons observé que nous ne sommes pas tous égaux face au confinement et ses conséquences (sociales, psychologiques, morales, physiques...), ni même au déconfinement par ailleurs.


Les vagues successives renforcent la nécessité du suivi, d'autant plus que l'état de santé de Marc nécessite des allers-retours réguliers à l'hôpital qui l'exposent au virus. À la sortie de l'hiver dernier, Marc présente des symptômes du Covid et le test PCR confirme cette suspicion, probablement suite à l'un de ses séjours à l'hôpital. Marc va alors traverser une zone de turbulences de plusieurs mois avec son épouse.

L'état de santé de Marc se dégrade ! Dans un premier temps, il contacte les urgences débordées qui ne considèrent pas son état de santé préoccupant. Son épouse étant handicapée, elle n'est pas en mesure de jauger le seuil où elle doit alerter les secours. Nous appelons quasi-quotidiennement le couple. Marc n'est bientôt plus en mesure de répondre au téléphone et nous tentons, par la voix de son épouse, de lire son état de santé entre les lignes. Les signes sont préoccupants et en concertation avec le CCAS, le SAMU est appelé, donnant lieu à une hospitalisation de Marc dont l'état de santé restera préoccupant pendant près de deux semaines, après quoi celui-ci retrouve progressivement un état de forme plus acceptable. Son épouse, positive, elle aussi, connaitra le même sort, présentant des symptômes peu rassurants et inexpliqués. Elle devra même passer par un centre de rééducation.


Plusieurs semaines après, Marc nous confiera qu'au cœur de la crise, il se laissait partir sans s'en rendre compte, noyé dans un "brouillard" qui le laissait sans force et sans réaction. Il précisera que sans ce suivi et le déclenchement de l'alerte auprès des services d'urgence, son épouse et lui auraient été livrés à leur sort.


De ce suivi durable, une amitié s'est créée et c'est ce qui rend si exceptionnel ce moment banal attablé à une terrasse d'un café. Les discussions et les partages vont bon train et permettent de partager ce qui nous anime avec tant de profondeur.




Pour l'équipe de l'AFP ''Le Rivage'' à Aix les Bains (73100)

Thierry Mirone


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